La prière en islam — la salat — est bien plus qu’un rituel accompli cinq fois par jour. Elle est le lien direct et régulier entre le croyant et Allah, un rendez-vous qui structure la journée, entretient la foi et rappelle à chaque musulman pourquoi il est là.
Deuxième pilier de l’islam, la salat occupe une place à part dans la pratique islamique. Elle a été prescrite dans des circonstances uniques, elle est constamment rappelée dans le Coran aux côtés de la foi elle-même, et les textes islamiques la présentent comme l’un des actes d’adoration les plus fondamentaux du croyant.
Cet article n’explique pas comment accomplir la prière — c’est l’objet d’un guide dédié. Il explore sa place, ses mérites, les circonstances de sa prescription et ce que les textes disent de son abandon.
Table des matières
La prière, un pilier essentiel de l’islam
L’islam repose sur cinq piliers fondamentaux, rappelés dans le hadith célèbre du Prophète ﷺ :
«بُنِيَ الْإِسْلَامُ عَلَى خَمْسٍ: شَهَادَةِ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَأَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللَّهِ، وَإِقَامِ الصَّلَاةِ، وَإِيتَاءِ الزَّكَاةِ، وَالْحَجِّ، وَصَوْمِ رَمَضَانَ» « L’islam est bâti sur cinq choses : témoigner qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est Son messager, accomplir la prière, acquitter la zakat, effectuer le pèlerinage, et jeûner le Ramadan. »
— Rapporté par Al-Boukhari et Muslim
Parmi ces cinq piliers, la salat occupe une position particulière. Elle est la seule pratique quotidienne, répétée cinq fois par jour — alors que le jeûne du Ramadan a lieu un mois dans l’année, la zakat est annuelle, et le hajj n’est exigé qu’une fois dans une vie. C’est l’acte d’adoration le plus régulier et le plus structurant de la vie musulmane.
Sa place parmi les piliers n’est pas anodine. Elle vient immédiatement après la Chahada — la profession de foi — comme si la prière était la première manifestation concrète de cette foi.
Pour comprendre l’ensemble des cinq piliers de l’islam, consultez notre article dédié : Les 5 piliers de l’islam : définition et explication.
La salat a été prescrite lors de l’Isra et du Mi’raj
Le voyage nocturne et l’Ascension
La salat possède une particularité remarquable parmi les obligations islamiques : selon le récit du voyage nocturne et de l’Ascension du Prophète ﷺ, elle a été prescrite directement, lors d’une rencontre entre le Prophète ﷺ et Allah — alors que les autres obligations ont été révélées par l’intermédiaire de l’ange Jibril sur terre.
L’Isra est le voyage nocturne du Prophète ﷺ de La Mecque à Jérusalem. Le Mi’raj est l’ascension depuis Jérusalem vers les cieux. Ce récit est mentionné dans le Coran :
﴾سُبْحَانَ الَّذِي أَسْرَىٰ بِعَبْدِهِ لَيْلًا مِنَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ إِلَى الْمَسْجِدِ الْأَقْصَى﴿ « Gloire à Celui qui a fait voyager Son serviteur de nuit, de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus éloignée. »
— Sourate Al-Isra, verset 1
La prescription des prières
Lors de ce voyage, selon le récit rapporté dans les hadiths authentiques, Allah prescrivit cinquante prières par jour. À chaque retour vers Allah — encouragé par le Prophète Moussa ﷺ qui demandait au Prophète Muhammad ﷺ de retourner demander une réduction — le nombre fut diminué, jusqu’à ce qu’il soit fixé à cinq prières quotidiennes. Mais la récompense promise resta celle de cinquante.
«هِيَ خَمْسٌ وَهِيَ خَمْسُونَ، لَا يُبَدَّلُ الْقَوْلُ لَدَيَّ» « Ce sont cinq, mais elles valent cinquante. La parole ne change pas auprès de Moi. »
— Rapporté par Al-Boukhari et Muslim
Ce récit illustre la place singulière de la salat dans l’islam — une prescription reçue dans des circonstances uniques, qui mérite d’être méditée.
Pourquoi les musulmans prient-ils cinq fois par jour ?
Les cinq prières quotidiennes sont liées aux moments du soleil — elles rythment la journée du lever de l’aube au cœur de la nuit :
- Fajr — à l’aube, avant le lever du soleil
- Dhuhr — au début de l’après-midi, après le zénith
- Asr — dans l’après-midi
- Maghrib — au coucher du soleil
- Isha — dans la nuit
Cette distribution n’est pas arbitraire. Elle fait de la prière un fil conducteur de la journée — une présence régulière d’Allah dans chaque partie du temps. Aucune période de la journée ne s’écoule sans que le croyant soit invité à s’arrêter, à se tourner vers Allah et à renouveler son intention.
Le Prophète ﷺ a illustré cette fonction par une image parlante :
«أَرَأَيْتُمْ لَوْ أَنَّ نَهَرًا بِبَابِ أَحَدِكُمْ يَغْتَسِلُ مِنْهُ كُلَّ يَوْمٍ خَمْسَ مَرَّاتٍ، هَلْ يَبْقَى مِنْ دَرَنِهِ شَيْءٌ؟» « Que pensez-vous de celui qui se baigne chaque jour cinq fois dans un fleuve qui coule devant sa porte — resterait-il la moindre trace de saleté sur lui ? »
— Rapporté par Al-Boukhari et Muslim
Les cinq prières sont ce fleuve — une purification régulière des fautes et une remise à zéro spirituelle, cinq fois par jour.
Pour connaître les horaires précis de chaque prière dans votre ville, consultez nos horaires de prière sur Mishkat.
Les mérites et les bienfaits de la salat
Un rappel constant d’Allah
Allah dit dans le Coran :
﴾وَأَقِمِ الصَّلَاةَ لِذِكْرِي﴿ « Et accomplis la prière pour Mon souvenir. »
— Sourate Ta-Ha, verset 14
La prière est d’abord un dhikr — un rappel d’Allah. Cinq fois par jour, le croyant interrompt ses occupations pour se souvenir de Qui il est devant Allah, pourquoi il est là, et vers Qui il retourne. Ce rappel régulier entretient une conscience spirituelle que le quotidien érode facilement.
Expiation des fautes
«الصَّلَوَاتُ الْخَمْسُ وَالْجُمُعَةُ إِلَى الْجُمُعَةِ كَفَّارَةٌ لِمَا بَيْنَهُنَّ إِذَا اجْتُنِبَتِ الْكَبَائِرُ» « Les cinq prières et le vendredi jusqu’au vendredi suivant sont une expiation de ce qui se passe entre eux, tant que les grands péchés sont évités. »
— Rapporté par Muslim
Chaque prière accomplie efface les fautes mineures commises depuis la précédente. C’est une miséricorde considérable — une remise à zéro spirituelle répétée chaque jour.
Rapprochement du croyant avec Allah
«أَقْرَبُ مَا يَكُونُ الْعَبْدُ مِنْ رَبِّهِ وَهُوَ سَاجِدٌ» « Le serviteur est le plus proche de son Seigneur lorsqu’il est en prosternation. »
— Rapporté par Muslim
La prosternation — ce moment où le front touche le sol — est décrit comme le moment de plus grande proximité entre le croyant et Allah. C’est pour cette raison que les savants recommandent de multiplier les invocations dans le sujood.
Interdiction du vice et de l’indécence
﴾إِ﴿نَّ الصَّلَاةَ تَنْهَىٰ عَنِ الْفَحْشَاءِ وَالْمُنْكَرِ « La prière préserve de la turpitude et du blâmable. »
— Sourate Al-Ankabut, verset 45
Une prière accomplie avec présence du cœur laisse une empreinte dans le comportement. Elle n’est pas seulement un acte rituel — elle est censée transformer celui qui la pratique.
La salat dans le Coran et la Sunna
La salat est l’obligation la plus fréquemment mentionnée dans le Coran — souvent accompagnée de la zakat, comme si les deux allaient naturellement ensemble.
﴾وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ وَارْكَعُوا مَعَ الرَّاكِعِينَ﴿ « Accomplissez la prière, acquittez la zakat et inclinez-vous avec ceux qui s’inclinent. »
— Sourate Al-Baqara, verset 43
Elle est également présentée comme une caractéristique des croyants véritables :
﴾قَدْ أَفْلَحَ الْمُؤْمِنُونَ ﴿١﴾ الَّذِينَ هُمْ فِي صَلَاتِهِمْ خَاشِعُونَ﴿ « Les croyants ont certes réussi — ceux qui sont humbles dans leur prière. »
— Sourate Al-Mu’minun, versets 1-2
Dans la Sunna, la salat est décrite comme la frontière entre l’islam et ce qui s’y oppose :
«بَيْنَ الرَّجُلِ وَبَيْنَ الشِّرْكِ وَالْكُفْرِ تَرْكُ الصَّلَاةِ» « Entre l’homme et le shirk et le kufr se trouve l’abandon de la prière. »
— Rapporté par Muslim
Que risque celui qui délaisse la salat ?
Le sérieux du délaissement de la prière
Les textes islamiques sont sérieux sur ce point — délaisser la prière n’est pas présenté comme une légèreté sans conséquence. Le Coran décrit ceux qui négligent la prière en termes sévères :
﴾فَوَيْلٌ لِلْمُصَلِّينَ ﴿٤﴾ الَّذِينَ هُمْ عَنْ صَلَاتِهِمْ سَاهُونَ﴿ « Malheur aux priants qui sont négligents dans leur prière. »
— Sourate Al-Ma’un, versets 4-5
Et le Prophète ﷺ a dit :
«الْعَهْدُ الَّذِي بَيْنَنَا وَبَيْنَهُمُ الصَّلَاةُ، فَمَنْ تَرَكَهَا فَقَدْ كَفَرَ» « L’engagement qui est entre nous et eux est la prière — celui qui l’abandonne a commis une mécréance. »
— Rapporté par Ahmad, At-Tirmidhi et An-Nasai — authentifié par Al-Albani
La divergence des savants sur le statut de celui qui délaisse la prière
Ce sujet a fait l’objet d’une divergence connue parmi les savants islamiques, qu’il est important de présenter avec précision.
Celui qui nie l’obligation de la prière — qui croit sincèrement que la prière n’est pas obligatoire — sort du consensus islamique sur une question établie. Son cas est distinct de celui qui délaisse par négligence.
Celui qui reconnaît l’obligation mais délaisse par paresse ou négligence — c’est là que la divergence existe entre savants :
- Certains savants — dont l’imam Ahmad ibn Hanbal dans une de ses positions — considèrent que cet abandon constitue une sortie de l’islam, en s’appuyant notamment sur le hadith cité plus haut.
- D’autres savants — dont la majorité des malikites, chaféites et hanafites — considèrent que c’est un péché extrêmement grave, mais que cela ne constitue pas en soi une sortie de l’islam tant que la personne ne nie pas son obligation.
Cette divergence entre savants est connue et documentée. Elle ne doit pas être transformée en jugement individuel sur une personne. Allah seul connaît les cœurs et les situations. Ce qui fait consensus, c’est la gravité de délaisser la prière — quelle que soit la position adoptée sur son statut.
La prière structure la vie du musulman
Au-delà de sa dimension spirituelle, la salat est un organisateur du temps. Cinq rendez-vous fixes dans la journée — inamovibles, indépendants des agendas professionnels ou des humeurs — qui donnent un rythme à l’existence.
Cette structure a des effets concrets : elle oblige à s’arrêter, à changer de posture mentale, à couper avec l’activité en cours. Dans un monde où l’attention est constamment sollicitée, ces cinq pauses imposées ont une valeur que beaucoup ne perçoivent qu’en les pratiquant régulièrement.
La régularité dans la prière est l’un des défis les plus fréquemment cités par les musulmans. Pour des conseils pratiques sur comment maintenir cette régularité, consultez notre article : Comment rester régulier dans sa prière au quotidien.
Et si la concentration pendant la prière est une difficulté, retrouvez des pistes concrètes dans : Comment retrouver la concentration dans la prière ?
La prière individuelle et la prière à la mosquée
La prière peut s’accomplir seul — à la maison, au travail, en voyage. Mais la tradition islamique encourage fortement la prière en congrégation, notamment à la mosquée.
Le Prophète ﷺ a dit que la prière en groupe est supérieure à la prière individuelle de vingt-sept degrés. Cette récompense multipliée s’accompagne d’une dimension communautaire précieuse : se retrouver régulièrement avec d’autres croyants, maintenir un lien avec la mosquée et la communauté locale.
La mosquée n’est pas seulement un lieu de prière — c’est un espace de lien, de soutien et d’appartenance. Pour approfondir les mérites de la prière à la mosquée, consultez notre article : Les mérites de la prière à la mosquée.
Questions fréquentes sur la prière en islam
Pourquoi la salat est-elle un pilier de l’islam ?
Parce qu’elle constitue l’expression la plus régulière et la plus concrète de la relation du croyant avec Allah. Elle revient cinq fois par jour, structure la vie spirituelle et rappelle constamment au musulman sa relation avec son Créateur. Elle est mentionnée dans le Coran comme une obligation fondamentale, aux côtés de la foi elle-même.
Pourquoi les musulmans prient-ils cinq fois par jour ?
Les cinq prières correspondent aux grandes parties de la journée — l’aube, le début d’après-midi, l’après-midi, le coucher du soleil et la nuit — pour que le rappel d’Allah accompagne chaque moment de la vie du croyant.
Quand la prière a-t-elle été prescrite ?
La salat a été prescrite lors de l’Isra et du Mi’raj — le voyage nocturne et l’Ascension du Prophète ﷺ. C’est une particularité notable : elle a été reçue lors d’une rencontre directe, et non par l’intermédiaire de l’ange Jibril sur terre comme la plupart des autres révélations.
Quels sont les mérites de la prière en islam ?
La prière expie les fautes mineures commises entre deux prières, rapproche le croyant d’Allah — particulièrement lors de la prosternation — entretient le rappel d’Allah tout au long de la journée, et préserve de la turpitude et du blâmable selon le Coran.
Que dit l’islam sur celui qui délaisse la prière ?
Les textes islamiques sont sérieux sur ce point. Les savants divergent sur le statut exact de celui qui délaisse la prière tout en reconnaissant son obligation — certains considèrent cela comme une sortie de l’islam, d’autres comme un péché grave sans pour autant constituer une sortie. Ce qui fait consensus, c’est la gravité de cet abandon.
Quelle est la différence entre la salat et la prière ?
Salat est le terme arabe désignant la prière rituelle islamique — avec ses conditions, ses gestes et ses paroles précises. Le mot « prière » en français est plus large — il peut désigner n’importe quelle adresse à Dieu dans n’importe quelle religion. Dans le contexte islamique, salat et prière désignent la même réalité.
Comment apprendre à faire la prière en islam ?
Notre guide complet vous accompagne pas à pas : Comment faire la prière en islam ? — avec les étapes, les gestes, les paroles et le nombre de raka’at pour chaque prière.
Conclusion
La prière n’est pas seulement une succession de gestes accomplis cinq fois par jour. Elle est le cœur de la relation du musulman avec Allah — un lien constant, structurant, purificateur, qui traverse chaque journée de part en part.
Comprendre son importance et son statut est une chose. L’accomplir concrètement en est une autre. Ces deux dimensions se complètent : la première nourrit la motivation, la seconde la met en acte.


