Le hijab est l’un des sujets les plus recherchés lorsqu’il est question de l’islam, mais aussi l’un des plus mal compris. Dans le débat public, il est souvent abordé sous un angle politique, social ou culturel. Pourtant, de nombreux musulmans et personnes qui découvrent l’islam se posent une question plus simple : que dit réellement l’islam sur le hijab ?
Cet article répond exclusivement à cette question religieuse. Il n’a pas pour objectif de traiter des débats législatifs ou des controverses de société, qui relèvent d’un autre sujet. Nous nous appuierons ici sur les sources de l’islam — le Coran et la Sunna — ainsi que sur l’avis majoritaire des savants musulmans, afin d’expliquer les fondements du hijab, sa signification et les principales règles qui s’y rapportent.
Table des matières
Qu’est-ce que le hijab ?
Avant d’aborder la jurisprudence, il est utile de clarifier les termes — car plusieurs mots sont souvent confondus dans ce débat.
Hijab (حِجَاب) vient d’une racine arabe qui signifie « barrière », « voile », « écran ». Dans son sens courant aujourd’hui, il désigne le foulard couvrant les cheveux, les oreilles et le cou, tout en laissant le visage visible. C’est le sens que nous utilisons dans cet article, bien que le mot ait dans le Coran un sens plus large (écran, séparation).
Khimar (خِمَار) désigne le voile qui couvre la tête et descend sur la poitrine. C’est le terme utilisé dans le verset d’An-Nur (24:31).
Jilbab (جِلْبَاب) est le vêtement ample qui couvre l’ensemble du corps — une sorte de robe longue ou de manteau. C’est le terme utilisé dans le verset d’Al-Ahzab (33:59).
Niqab (نِقَاب) est le voile facial qui couvre le visage à l’exception des yeux. Son statut — obligation ou recommandation — fait l’objet d’une divergence connue parmi les savants.
Burqa désigne un vêtement couvrant l’intégralité du corps y compris les yeux, traditionnel dans certaines régions (notamment en Afghanistan). Ce terme est peu utilisé dans la jurisprudence islamique classique.
Cette distinction est importante : quand on parle de l’obligation du hijab en islam, on parle de l’obligation de couvrir le corps selon les conditions définies par les savants — ce qui inclut les cheveux, le cou et l’ensemble du corps (en dehors du visage et des mains selon de nombreux savants).
Le voile islamique est-il obligatoire ?
Selon l’avis majoritaire des savants musulmans des quatre grandes écoles juridiques — hanafite, malikite, chaféite et hanbalite — le hijab est une obligation (fard) pour toute femme musulmane pubère.
Cette position est fondée sur des textes coraniques et des hadiths que les savants ont interprétés de manière convergente au fil des siècles. Ce n’est pas une opinion isolée ni une lecture minoritaire — c’est la position dominante dans la tradition islamique.
Il existe des voix contemporaines qui questionnent cette obligation ou proposent des lectures alternatives, mais elles restent très minoritaires au regard de la tradition jurisprudentielle classique.
Voici les preuves sur lesquelles s’appuie cet avis.
Les preuves du Coran
Sourate An-Nur (24:31)
﴾ وَقُلْ لِلْمُؤْمِنَاتِ يَغْضُضْنَ مِنْ أَبْصَارِهِنَّ وَيَحْفَظْنَ فُرُوجَهُنَّ وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا مَا ظَهَرَ مِنْهَا ۖ وَلْيَضْرِبْنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَىٰ جُيُوبِهِنَّ ﴿ « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leur chasteté, de ne pas faire montre de leurs atours, si ce n’est ce qui en paraît, et de rabattre leur voile (khimar) sur leurs poitrines. »
— Sourate An-Nur, verset 31
Ce verset contient plusieurs injonctions distinctes : baisser le regard, préserver la chasteté, ne pas exposer les atours (parures, beautés), et couvrir la poitrine avec le khimar. L’expression « wallet-dribna bi-khumurihinna ‘ala juyubihinna » — « qu’elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines » — indique que le voile ne doit pas seulement couvrir la tête mais descendre sur la poitrine.
L’expression « sauf ce qui en paraît » a fait l’objet d’une discussion parmi les savants. L’opinion la plus répandue parmi les compagnons et les premiers savants est que cela désigne le visage et les mains — qui peuvent, selon cet avis, rester apparents.
Sourate Al-Ahzab (33:59)
﴾ يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ قُلْ لِأَزْوَاجِكَ وَبَنَاتِكَ وَنِسَاءِ الْمُؤْمِنِينَ يُدْنِينَ عَلَيْهِنَّ مِنْ جَلَابِيبِهِنَّ ۚ ذَٰلِكَ أَدْنَىٰ أَنْ يُعْرَفْنَ فَلَا يُؤْذَيْنَ ﴿ « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles (jilbab). C’est pour elles le meilleur moyen d’être reconnues et de ne pas être importunées. »
— Sourate Al-Ahzab, verset 59
Ce verset s’adresse explicitement à « toutes les femmes des croyants » — pas seulement aux épouses du Prophète ﷺ. Il leur enjoint de porter le jilbab, vêtement ample qui couvre l’ensemble du corps. La raison donnée — « pour être reconnues et ne pas être importunées » — illustre une des sagesses de cette prescription, sans pour autant en faire une condition à son application.
Les preuves de la Sunna
Le hadith d’Asma bint Abi Bakr
Le Prophète ﷺ, voyant Asma bint Abi Bakr vêtue de façon légère, détourna son regard et dit : «يَا أَسْمَاءُ، إِنَّ الْمَرْأَةَ إِذَا بَلَغَتِ الْمَحِيضَ لَمْ يَصْلُحْ أَنْ يُرَى مِنْهَا إِلَّا هَذَا وَهَذَا» « Ô Asma, lorsqu’une femme atteint l’âge des règles, il ne convient pas qu’on voie d’elle autre chose que ceci et ceci » — en désignant son visage et ses mains.
— Rapporté par Abu Dawud
Ce hadith est l’un des textes les plus cités dans la discussion sur la awra « العورة » (les parties du corps à couvrir) de la femme. Il indique clairement que la femme pubère doit couvrir son corps, à l’exception du visage et des mains selon cet avis.
Les savants ont également cité d’autres hadiths indiquant que les femmes compagnes couvraient leurs corps, que le Prophète ﷺ approuvait explicitement, et que les premières générations de musulmanes pratiquaient le voile comme une évidence.
Pourquoi le hijab a-t-il été prescrit ?
La jurisprudence islamique ne se limite pas à énoncer des règles — elle s’intéresse également à leurs sagesses. Plusieurs dimensions sont mentionnées par les savants.
L’adoration et l’obéissance à Allah. La première et la plus fondamentale des sagesses est simplement celle-ci : Allah l’a prescrit, et le croyant obéit. C’est ce que les savants appellent le ta’abbud — l’adoration pure, sans nécessairement en comprendre toutes les raisons.
La pudeur (haya’). La pudeur est présentée dans la tradition islamique comme une qualité fondamentale du croyant. Le hijab en est une expression visible — une façon d’extérioriser une valeur intérieure.
La protection de la dignité. Le verset 33:59 mentionne lui-même que le voile permet à la femme d’être « reconnue » — c’est-à-dire identifiée comme une femme croyante et libre, et ainsi protégée des importunités.
L’identité musulmane. Porter le hijab est aussi un acte d’appartenance — une façon d’affirmer sa foi dans l’espace public, de témoigner de ses convictions.
Ces sagesses ne sont pas des conditions à l’obligation. Le hijab est prescrit indépendamment du fait qu’une personne en perçoive ou non toutes les raisons.
Quelles sont les conditions du hijab ?
Les savants ont défini des conditions précises pour que le vêtement de la femme soit conforme à ce que l’islam prescrit :
- Couvrir l’ensemble du corps — à l’exception du visage et des mains selon l’avis majoritaire, ou de l’ensemble du corps y compris selon d’autres.
- Être ample — ne pas coller au corps ni en dessiner les formes.
- Ne pas être transparent — le vêtement doit réellement couvrir ce qu’il est censé cacher.
- Ne pas être parfumé lors des sorties — en présence d’hommes non mahram.
- Ne pas ressembler aux vêtements masculins — les savants mentionnent l’interdiction de l’imitation vestimentaire entre les sexes.
- Ne pas être porté par ostentation — un vêtement extravagant ou destiné à attirer le regard contrevient à l’esprit de pudeur que le hijab est censé exprimer.
Le hijab concerne-t-il uniquement les vêtements ?
Non — et c’est un point souvent négligé. Dans la tradition islamique, le hijab est compris comme une notion plus large que le simple vêtement. Il englobe :
Le comportement — la façon de se comporter dans l’espace public, d’interagir avec les autres, de se présenter.
La parole — le Coran mentionne que les femmes ne doivent pas « frapper des pieds pour faire connaître leurs parures cachées » (An-Nur 31), ce qui les savants ont étendu à une forme de discrétion dans la façon de parler et d’attirer l’attention.
Le regard — le même verset qui prescrit le hijab commence par l’injonction de baisser les regards. La pudeur du regard fait partie intégrante du hijab au sens large.
La pudeur intérieure — le haya’ — qui est la valeur dont le hijab visible est l’expression extérieure.
Les hommes ont-ils également des obligations de pudeur ?
Oui — et c’est un élément souvent absent du débat public. Le Coran aborde la pudeur et le regard en s’adressant d’abord aux hommes, avant de s’adresser aux femmes :
﴾ قُلْ لِلْمُؤْمِنِينَ يَغُضُّوا مِنْ أَبْصَارِهِمْ وَيَحْفَظُوا فُرُوجَهُمْ ﴿ « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de préserver leur chasteté. »
— Sourate An-Nur, verset 30
Ce n’est qu’au verset suivant (31) que le même commandement est adressé aux femmes. Les hommes ont également une awra à couvrir (de la taille aux genoux selon les savants), une obligation de baisser le regard, et des règles de comportement en présence des femmes non mahram.
La pudeur en islam n’est pas une charge uniquement féminine — c’est une valeur partagée, dont les modalités pratiques diffèrent selon les situations.
Une femme qui ne porte pas le hijab est-elle encore musulmane ?
C’est l’une des questions les plus fréquemment posées — et l’une des plus sensibles. La réponse des savants est nuancée et mérite d’être rapportée avec précision.
Ne pas porter le hijab constitue, selon l’avis majoritaire, un manquement à une obligation religieuse (tark al-wajib). C’est une faute au regard de la jurisprudence islamique — comme le fait de délaisser une prière obligatoire ou de ne pas jeûner le Ramadan sans excuse valable.
Cependant, cela ne fait pas sortir de l’islam tant que la personne reconnaît le caractère obligatoire du hijab et ne le nie pas. C’est la négation du caractère obligatoire — affirmer que « le hijab n’est pas une obligation en islam » malgré les preuves reconnues — qui soulève une question théologique plus grave selon les savants.
La tradition islamique encourage à progresser, à se repentir, à ne pas se décourager face à ses manquements. Elle met en garde contre le jugement des personnes et rappelle que seul Allah connaît les cœurs et les intentions.
Pour approfondir cette question, vous pouvez également consulter l’explication du cheikh Ibn Bâz dans sa réponse : « La femme qui prie et jeûne mais ne revêt pas le hijab ». Vidéo en arabe sous-titrée en français.
Les difficultés rencontrées par les femmes voilées aujourd’hui
Au-delà de la question religieuse, de nombreuses femmes qui portent le hijab font face à des réalités quotidiennes difficiles — dans le monde du travail, dans l’espace public, sur les réseaux sociaux.
Ces réalités sont importantes à connaître et à comprendre. Nous leur avons consacré un article complet : Femmes voilées : défis et réalités en France
Questions fréquentes sur le hijab
Le hijab est-il obligatoire en islam ?
Selon l’avis majoritaire des savants des quatre écoles juridiques, oui. Le hijab est considéré comme une obligation (fard) pour toute femme musulmane pubère, fondée sur des versets coraniques et des hadiths authentiques.
À quel âge faut-il porter le hijab ?
L’obligation commence à la puberté. Avant cet âge, le port du hijab est facultatif. Les jeunes filles peuvent s’y exercer progressivement si elles le souhaitent, sans que ce soit obligatoire.
Les cheveux doivent-ils être totalement couverts ?
Oui, selon l’ensemble des savants. Les cheveux font partie de la awra de la femme qui doit être couverte en présence des hommes non mahram.
Peut-on porter un turban à la place du hijab ?
Si le turban couvre l’ensemble des cheveux, du cou et de la nuque, certains savants considèrent que les conditions minimales sont remplies. En revanche, un turban qui laisse apparaître la nuque ou une partie des cheveux ne suffit pas selon l’avis majoritaire.
Le voile est-il mentionné dans le Coran ?
Oui. Les versets 24:31 (Sourate An-Nur) et 33:59 (Sourate Al-Ahzab) sont les principaux textes coraniques sur le sujet. Ils mentionnent respectivement le khimar et le jilbab.
Quelle différence entre hijab et khimar ?
Le khimar est le voile couvrant la tête et la poitrine — terme utilisé dans le Coran (An-Nur 31). Le hijab est dans l’usage courant le foulard islamique, terme générique qui désigne également la notion plus large de pudeur islamique.
Le hijab est-il obligatoire en dehors de la prière ?
Oui. L’obligation du hijab s’applique en présence des hommes non mahram (hommes avec lesquels le mariage serait licite), dans l’espace public et dans tout contexte où la femme peut être vue par de tels hommes. Elle n’est pas limitée au contexte de la prière.
Conclusion
Le hijab n’est pas seulement un vêtement. C’est une prescription religieuse qui s’inscrit dans une vision plus large de la pudeur, de l’adoration et de l’obéissance à Allah.
Selon l’avis majoritaire de la tradition islamique, il est une obligation pour la femme musulmane pubère, fondée sur des textes clairs du Coran et de la Sunna. Il concerne à la fois les vêtements, le comportement, le regard et la parole — et s’inscrit dans un cadre où la pudeur est une valeur partagée entre les hommes et les femmes.
Pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet, la meilleure démarche est de se référer aux sources authentiques — le Coran, les hadiths — et aux explications des savants reconnus. La connaissance du pourquoi d’une pratique en enrichit considérablement le comment.


